C'était un samedi
Théâtre

C'était un samedi

Μέρα Σάββατο
Irène Bonnaud

À Ioannina, en Grèce, province d’Épire, vivait la plus ancienne communauté juive d’Europe, décimée par la guerre et les déportations. À travers textes et chansons, des présences naissent d’absences, d’échos, de traces, d’histoires… Un théâtre musical de la mémoire.

C'était un samedi
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C'était un samedi
Lieu
  • Le Liberté
  • Salle Fanny Ardant
  • DatesDurée 1h30
  • vendredi 2 avril 20:00
  • samedi 3 avril 20:00
Tarif A
  • Plein tarif 29 €
  • Tarif préférentiel 21 €
  • Tarif réduit 16 €
  • Tarif Jeune 11 €
  • Tarif solidaire 5 €
Informations pratiques

Il y a deux mille ans, venue directement de Palestine, une population juive, ni ashkénaze ni sépharade, trouve refuge en Grèce. Bien plus tard, à Ioannina, en mars 1944, les Nazis déportent tout le monde à Auschwitz. Aujourd’hui, il ne reste presque plus personne. Le regard tendre et amusé de l’auteur Dimitris Hatzis, restitue cette vie perdue, ses personnages émouvants, le notable Sabethaï Kabilis, son ami, le poète et grand talmudiste Joseph Eliyia, l’épicier Haïm Ezra et tant d’autres.

Irène Bonnaud continue cette histoire que Dimitris Hatzis n’a pas voulu ou pu écrire jusqu’au bout. Dans sa chronique de la déportation, les voix des témoins et des survivants racontent le destin de la communauté juive grecque, si souvent oublié, ou méconnu encore aujourd’hui.

L’actrice Fotini Banou tisse les fils de la mémoire, récits, dialogues, poèmes, chants issus de la nuit des temps. Un rayon de lumière et les statues de Clio Makris s’animent comme autant de partenaires, de personnages qui retrouvent un souffle contenu dans l’éternité de la matière. Elles évoquent les ombres et les visages de ceux qui ne sont plus, des fantômes qui bruissent aux carrefours des petites rues de Ioannina.

Petite question historique : quelle est donc cette communauté juive ni ashkénaze ni sépharade établie à Ioannina, en Grèce, dont parle la nouvelle de Hatzis ?
Irène Bonnaud — Les archéologues peuvent attester d’une présence juive en Grèce dès le quatrième siècle avant l’ère chrétienne. On a trouvé des restes de synagogue sur l’île de Délos ou sur l’ancienne agora d’Athènes. Il y avait sûrement des communautés importantes à l’époque hellénistique, bien avant la destruction du Second temple à Jérusalem. Mais la légende locale à Ioannina veut que ce soit Titus qui ait alors embarqué des Juifs de Palestine pour les vendre comme esclaves : le bateau aurait fait naufrage sur les côtes d’Épire et ces captifs juifs auraient fondé la ville. La plupart des historiens pensent eux que ce sont des communautés installées plus au Sud, à Nikopolis, Preveza, Arta, qui se sont réfugiées à Ioannina pendant les guerres qui agitaient le Haut Empire Byzantin.C’est pour ça que la communauté de Ioannina est appelée « romaniote », romaine : ça veut dire qu’elle était sujette de l’Empire romain d’Orient, qu’elle était byzantine, de langue grecque.

Il n’y a presque plus de Juifs à Ioannina depuis les déportations et l’extermination par les Nazis. Comment s’opère le travail de mémoire à travers le théâtre ?
I. B. C’est peu connu en France, mais la Shoah a été particulièrement dévastatrice en Grèce. Les historiens estiment qu’environ 90% de la communauté juive grecque a été déportée et tuée. Bien sûr, c’est un petit pays, mais on parle d’une proportion de disparus aussi terrible qu’en Pologne ou en Lituanie. Le drame le plus connu est la déportation de la grande communauté sépharade de Thessalonique, qui, jusqu’en 1917, était une ville majoritairement juive. Avec la déportation de 1943, c’est toute une culture qui a été rayée de la carte.

Pour ressusciter ce monde englouti, convoquer les fantômes, êtes-vous allés au-delà des récits mélancoliques de Hatzis ?
I. B. Le spectacle est un diptyque. Hatzis qui raconte la Ioannina de son enfance. Et puis la chronique de la déportation de 1944 que j’ai écrite en construisant un puzzle avec des témoignages. Ce qu’on a appelé « l’ère du témoin » est en train de s’achever : les dernières personnes à avoir connu la période de la déportation disparaissent peu à peu. Maintenant le défi, c’est : comment faire pour que cette mémoire reste vive ? Comment continuer à faire entendre ces voix ?

Propos recueillis par François Rodinson pour la scène nationale Châteauvallon-Liberté

Texte Dimitris Hatzis, Joseph Eliyia et
Irène Bonnaud
Mise en scène Irène Bonnaud
Avec Fotini Banou

Scénographie (sculptures) Clio Makris
Lumière Daniel Levy
Traduction grecque Fotini Banou
Collaboration artistique Angeliki Karabela et Dimitris Alexakis
Régie générale Yannis Zervas

Production déléguée KET / TV Control Center, Athènes
Coproduction Châteauvallon-Liberté, scène nationale / Théâtre National de Nice – CDN Nice Côte d’Azur
Avec le soutien de l’Institut français de Grèce, Athènes

Photos © Dimitris Alexakis
Texte et entretien © François Rodinson