Les Parents terribles
Théâtre

Les Parents terribles

Christophe Perton

Muriel Mayette-Holtz, en mère dévorante, Charles et Émile Berling dans les rôles du père et du fils, Maria de Medeiros en tante qui tente d’éviter le naufrage, c’est une distribution qui décoiffe et rend grâce à Cocteau, orfèvre tragi-comique.

Les Parents terribles
Lieu
  • Le Liberté
  • Salle Albert Camus
  • Dates Durée 1h45
  • mercredi 7 octobre 20:30
  • jeudi 8 octobre 20:30
  • vendredi 9 octobre 20:30
  • samedi 10 octobre 20:30
Tarif A
  • Plein tarif 29 €
  • Tarif préférentiel 21 €
  • Tarif réduit 16 €
  • Tarif Jeune 11 €
  • Tarif solidaire 5 €
Informations Pratiques

Toute la famille vit dans la « roulotte », c’est ainsi qu’ils nomment leur logement à la dérive où l’amour les consume. Yvonne se drogue et s’accroche passionnément à son fils. Lorsque celui-ci tombe amoureux d’une autre, le chaos se propage.

Jean Cocteau s’amuse, il tire les fils du destin et sonde les mythes fondateurs, conjugue candeur, monstruosité, humour ravageur et amour fou dans une mécanique théâtrale percutante. Après avoir réécrit Orphée, Antigone et Œdipe roi, il réalise, avec Les Parents terribles, l’alliance du vaudeville et du théâtre antique.

« J’ai de longue date employé des décors qui jouent » affirme Cocteau en préfaçant sa pièce créée en 1938, qui fit autant scandale qu’elle eut un succès retentissant. Fidèle à cette volonté, Christophe Perton inscrit le spectacle dans un appartement où trône le lit maternel, lieu du désir et du délire. Des chausse-trappes recèlent des ailleurs inattendus et mouvants.

Est-ce pour vous une pièce intemporelle ?
Christophe Perton — Cocteau dit de sa pièce qu’elle se passe « à Paris de nos jours », elle est donc à proprement parler intemporelle puisqu’il laisse entendre avec cette indication qu’elle a lieu « ici et maintenant ».

Contemporaine ?
C. P. Elle l’était lorsqu’elle a été créée en 1938. Elle l’est toujours parce qu’elle n’est pas lestée d’accessoires, de détails, qui l’enfermeraient dans une époque donnée.

Éternelle ?
C. P. Disons plutôt : universelle. Parce que Cocteau est un peintre de l’âme, qu’il débarrasse ses personnages de l’anecdote et fouille le coeur pour faire jaillir les sentiments les plus universels : le désir, la possession, la rage de survivre, l’amour comme une maladie mortelle.

La pièce a fait scandale en son temps parce qu’elle parlait d’inceste. Cocteau était intéressé par les mythes grecs, Œdipe, Orphée, Antigone… Les Parents terribles, c’est l’histoire d’un
Œdipe moderne ?
C. P. Je crois que Cocteau invente à sa façon son propre mythe à travers une tragédie pure et originale. À mes yeux, les cinq personnages de la pièce ont une singularité unique et remarquable. Au premier rang d’entre eux, Yvonne est proprement fantastique. Sans exagération, Cocteau dessine à travers elle une véritable figure mythique et qui lui appartient totalement. C’est à tort qu’on réduirait la quête d’Yvonne à celle d’une mère possessive. Son désir, son amour, peuvent se comparer au désir pur et impérieux d’un enfant qui ne saurait se résoudre à maîtriser sa pulsion vitale à l’aune de raisonnements qui n’ont, dans son cas, aucun sens.

Drame, tragédie, boulevard, comment voyez-vous ce mélange des genres auquel semble faire allusion Cocteau ?
C. P. Structurellement, la pièce est magistrale. Elle est véritablement écrite comme une partition en musique. Aucune des symphonies de Beethoven n’est purement joyeuse ou tragique. Ce sont des œuvres qui nous font voyager émotionnellement d’un sentiment à l’autre. La pièce de Cocteau
est exactement composée sur ce principe. Elle débute sur un mode qui emprunte magistralement aux codes rythmiques du boulevard tout en exposant sa profondeur, puis elle prend des accents tragi-comiques, pour s’achever sur un mode non pas dramatique, (car la pièce n’est en aucun cas un drame) mais dans la dimension d’une tragédie universelle. Toute la pièce respire un désir d’inconscience, un besoin d’échappatoire. Cocteau dit que la poésie est la langue d’une vérité accouchée de la nuit par un autre « moi » plus profond, plus dangereux et que nous essayons sans cesse de dominer. C’est cette vérité qui fait scandale avec Yvonne qui à l’instar des enfants et des fous ne dissimule pas ce « moi profond » et les désirs terribles qui en découlent.

Propos recueillis par François Rodinson pour la scène nationale Châteauvallon-Liberté

Texte Jean Cocteau
Adaptation et mise en scène Christophe Perton
Avec Muriel Mayette-Holtz, Charles Berling, Marie de Medeiros, Émile Berling et Zoé Schellenberg

Collaboration artistique Camille Melvil
Scénographie Christophe Perton avec la collaboration de Barbara Creutz
Création lumière Éric Soyer
Musiques et création son Emmanuel Jessua
Création costumes Agnès Falque
Régie générale Pablo Simonet

Production déléguée Scènes&Cités
Coproduction La scène nationale Châteauvallon-Liberté / Théâtre National de Nice – CDN Nice Côte d’Azur / Radiant-Bellevue, Caluire – Lyon
Remerciements au Comité Jean Cocteau
La compagnie Scènes&Cités est conventionnée par le ministère de la Culture DRAC Auvergne – Rhône-Alpes et par la Région Auvergne – Rhône-Alpes
Administratrice de production Cendrine Forgemont
Chargé de production Laurent Codair

Photo Charles Berling © Ben Dauchez, Charlette Studio
Photo Muriel Mayette-Hotz © GH
Photo Christophe Perton © Camille Melvil
Texte © François Rodinson