PALMYRE, LES BOURREAUX
Théâtre

Palmyre, les bourreaux

Ramzi Choukair

Dernier volet d’une trilogie basée sur les témoignages d’anciens prisonniers du régime syrien, Palmyre, les bourreaux interroge les notions de pardon et de justice à travers des récits bouleversants portés par des survivants et des comédiens.

PALMYRE, LES BOURREAUX
PALMYRE, LES BOURREAUX
Lieu
  • Châteauvallon
  • Studios du Baou
Accessibilité
  • Pour tous
    • dès 14 ans
    • Spectacle en arabe syrien surtitré en français
  • Dates Durée 1h20
  • mardi 28 mars 2023 20:00
  • mercredi 29 mars 2023 20:00
  • vendredi 31 mars 2023 20:00
  • samedi 1 avril 2023 20:00
Tarif B
  • Plein tarif 24 €
  • Tarif préférentiel 19 €
  • Tarif avec la Carte Encore 19 €
  • Tarif formule 3 spectacles et + 18 €
  • Tarif formule 10 spectacles et + 16 €
  • Tarif demandeur d'emploi 16 €
  • Tarif jeune 11 €
  • Tarif solidaire 5 €
Informations pratiques

En Syrie, la prison est la pièce maîtresse d’un dispositif qui instaure partout la peur. Dissidente, Fadwa est emprisonnée par son propre frère, haut-gradé des renseignements. Ce même frère montera un faux dossier d’accusation d’espionnage contre Riyad, étudiant turc, qui sera condamné à perpétuité. Samar, actrice engagée dans la Révolution, est accusée de financer le terrorisme et incarcérée. Alors qu’elle avait renoncé à jouer, elle décide de poursuivre son engagement en témoignant sur scène. À la manière d’un conteur des Mille et Une Nuits, Jamal, comédien, ouvre chaque histoire sur une autre. Ensemble, ils interrogent les rapports des survivants avec leurs tortionnaires.

Production déléguée Châteauvallon-Liberté

Coproduction ExtraPôle

Texte et mise en scène Ramzi Choukair
Collaboration artistique Céline Gradit
Traduction Céline Gradit et Ramzi Choukair
Avec Fadwa Mahmoud, Riyad Avlar, Jamal Chkair, Samar Kokash et Saleh Katbeh
Assistanat à la mise en scène Omar Aljbaai
Création lumière Franck Besson
Création musicale Saleh Katbeh
Vidéaste Ayman Nahle
Régisseur général Maria Hellberg

Production Compagnie KAWALISS
Production déléguée Compagnie KAWALISS – Châteauvallon – Liberté scène nationale
Coproduction Cie KAWALISS, ExtraPôle Provence-Alpes-Côte d’Azur* / Châteauvallon – Liberté scène nationale / La Criée Théâtre national de Marseille / Bonlieu Scène Nationale d’Annecy / Anthéa-Antipolis Théâtre d’Antibes, Napoli teatro festival international / Théâtre du Bois de l’Aune – Aix en Provence / 3 bis f – Centre d’arts contemporains d’intérêt national à Aix-en-Provence Résidences d’artistes | arts visuels & arts vivants
*Plateforme de production soutenue par la Région SUD Provence-Alpes-Côte d’Azur rassemblant le Festival d’Avignon, le Festival de Marseille, le Théâtre National de Nice, La Criée – Théâtre national de Marseille, Les Théâtres – Marseille, Aix-en-Provence, Anthéa-Antipolis Théâtre d’Antibes, Scène nationale Châteauvallon-Liberté et la Friche la Belle de Mai
Avec le soutien de Ministère de la Culture DGCA et DRAC PACA, Région SUD, Département des Bouches-du-Rhône, Ville de Marseille, Fonds euro-méditerranéen de défense des Droits de l’Homme, MENA Prison Forum, an initiative of UMAM Documentation & Research
Tournée 2022-2023 Châteauvallon-Liberté Scène nationale, Bonlieu Scène Nationale – Annecy, Napoli teatro festival international, La Criée -Théâtre National de Marseille, Anthéa-Antipolis Théâtre d’Antibes, Théâtre du Bois de l’Aune – Aix en Provence, Malraux Scène Nationale Chambéry Savoie, Euro-scene Leipzig Festival – Allemagne, Festival MENA Prison Forum – Berlin

Photos © Aurélien Kirchner — 7e scène Châteauvallon-Liberté, scène nationale
Texte © DR

En Syrie en mars 2011, des centaines de milliers de syriens de toutes confessions et origines manifestent pacifiquement pour réclamer la démocratisation du régime. Partageant ma vie entre la France et la Syrie depuis une dizaine d’années, je quitte Damas en novembre 2010, quelques mois avant le soulèvement populaire. Je ne devais pas y retourner. Mon engagement pour la Révolution, je l’ai mené depuis la France. Il s’est limité aux rassemblements de soutien, aux communiqués et pétitions.

Les mois passent. Les années. Mon pays s’enlise dans la guerre, mes proches s’exilent, meurent sous les balles ou dans les cachots du régime, pendant que d’autres trahissent et soutiennent le pouvoir en place. Le vent de liberté des premières heures du soulèvement cède la place à un quotidien d’une brutalité, d’une inhumanité indicibles. Un quotidien dont je ne fais pas partie. Mon enthousiasme, mon espoir des débuts, se muent en angoisse permanente et en culpabilité. Je deviens obsédé, je suis connecté jour et nuit, Facebook est ma principale source d’information et une rubrique nécrologique sans cesse alimentée.

C’est aussi à cette période que je commence à prendre conscience de ma position d’homme, d’homme dans la société syrienne. Aux premiers jours de la Révolution, ma sœur me dit au téléphone « notre problème ce n’est pas seulement de faire tomber le dictateur qui est à la tête du pays, c’est aussi de faire tomber chaque dictateur, dans chaque maison en Syrie ». Je comprends alors que notre révolution vient à peine de commencer et qu’elle durera longtemps.

En 2015, en Turquie, je rencontre Mariam, une jeune femme de 25 ans tout juste sortie des geôles syriennes. Son récit me bouleverse. Je suis d’autant plus troublé que c’est aussi un pan de mon passé qui revit par son intermédiaire. En prison, Mariam a connu une de mes amies. Avec Samar Al-Shamia (son pseudonyme), nous avons étudié à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Damas et vécu une histoire d’amour. La dernière fois que nous avons été en contact, c’était en 2013, vingt jours avant son arrestation.

Je conçois alors le projet de porter au plateau les récits de syriennes, anciennes prisonnières du régime, pour rappeler la présence et le rôle de premier plan que les femmes ont joué dans cette révolution.

La trilogie dont Palmyre, les bourreaux est le troisième volet prend forme à partir de cet engagement et de cette envie de témoigner de la violence du régime, de l’injustice devenue système et de la douleur des victimes. Créée à partir de récits de militants et militantes, anciens prisonniers et prisonnières du régime syrien, chaque pièce questionne sous un angle différent le rôle de la justice dans notre société.

Ramzi Choukair

Comment pensez-vous que l’art peut agir face à la dictature ? Que peut le théâtre pour faire bouger les lignes, faire évoluer la société ?

Ramzi Choukair — L’art, c’est la politique même. Tout dépend du sujet que l’on traite, évidemment. On fait toujours des choix. Comme partout dans le monde, on peut faire simplement du commerce et se laver les mains de l’état des choses. Ou bien alors on peut parler de ce qui nous touche, de ce qui nous révolte, de ce qui nous paraît injuste et de ce que l’on voudrait changer pour une société meilleure. Je considère l’art comme faisant partie intégrante de la société. Il est dedans, pas dehors ni à côté. Je suis dans la société, je crée dans la société, je dialogue avec la société et je souhaite que cette société réagisse. Oui, bien sûr, pour moi l’art EST politique. Dans vos spectacles vous mêlez différents matériaux, documentaires ou fictionnels, des acteurs professionnels avec des personnes ayant réellement souffert de la répression en Syrie.

Comment articulez-vous ces éléments ?

R. C. — C’est mon travail de metteur en scène et d’auteur de mettre tout cela en perspective. Je recherche une profondeur que l’on ne percevrait peut-être pas dans le récit brut. Les personnes ayant vécu la prison ou la torture ne parviennent pas forcément à raconter leur histoire, à exprimer leurs sentiments. Par le truchement de l’écriture et du théâtre, il est possible d’atteindre l’intime et la complexité. Quand, par exemple, je raconte l’histoire de Fadwa, je recherche pourquoi son frère est devenu son bourreau. Mais je découvre aussi en travaillant avec elle que ce bourreau, son frère, a protégé sa sœur. Bien sûr, j’ai un regard critique sur le fait que celui-ci ait fait le choix de s’engager dans les Renseignements syriens. Le régime a produit une société malade et les bourreaux sont une des manifestations du système dont tous les Syriens sont prisonniers. Ce constat ne dédouane bien sûr pas les bourreaux de leur responsabilité et de la nécessité d’être jugés. L’un des protagonistes du spectacle, Riyad, est un prisonnier turc qui a passé vingt-et-un ans en prison, en Syrie. Là, il a entendu parler de ce bourreau qui a emprisonné sa propre soeur. Ensuite, il se trouve que ces deux-là, Riyad et Fadwa, se rencontrent dans un café, aux Pays-Bas, car ils sont tous les deux engagés dans des associations de défense des Droits de l’homme. Fadwa demande à Riyad : « Qui était ton bourreau, en Syrie ? » Il lui répond : « Ce fils de pute s’appelle Adnan Mahmood ! ». Et elle lui dit : « Tiens, c’est mon frère… ». C’est cette imbrication qui m’intéresse, ces liens, ces correspondances, cette ironie de l’histoire. Ça nourrit la fiction et pourtant c’est la réalité. Une histoire conduit à une autre, tout est imbriqué, comme dans les Mille et Une Nuits… Comme ce fait bien réel lui aussi qui pourrait être une fiction : un bourreau nazi, Aloïs Brunner, se réfugie en Syrie, après la Seconde Guerre mondiale et sert de professeur de torture aux Renseignements syriens. Plus tard, un bourreau syrien s’enfuit en Allemagne, y est arrêté et jugé…

Pensez-vous pouvoir jouer, un jour, vos spectacles en Syrie ?

R. C. — Pour l’instant, c’est rigoureusement impossible. Les seules activités culturelles qui ont droit de cité actuellement sont réalisées par des proches du pouvoir. Vous savez, il n’y a pas de presse libre en Syrie depuis 50 ans ! Mais la dictature n’est malheureusement pas une exclusivité syrienne. C’est un système qui se déploie dans bien des pays. Il y a des différences culturelles, c’est tout. Comme tous les Syriens, lorsque j’ai regardé aux informations les préparatifs de Poutine contre les Ukrainiens, j’ai compris qu’il allait bombarder les hôpitaux et les routes, qu’il allait briser l’Humanité. Je ne dis pas ça parce que je suis un magicien ou parce que je lis l’avenir mais tout simplement parce que lorsque j’étais en Syrie, j’ai vu ce qu’il a fait. Les dictateurs vont là où ils trouvent leur intérêt. Tant que ce sont les intérêts financiers qui gouvernent le monde, la dictature n’est pas loin. Et l’Occident n’est pas innocent.

Propos recueillis par François Rodinson en mars 2022.

Comédien et metteur en scène de nationalité franco-syrienne, Ramzi Choukair est né le 12 juin 1971 à Beyrouth au Liban. Il vit actuellement à Marseille, France. Il est diplômé de l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Damas (section jeu). En 2001, il obtient un D.E.A. d’Art du spectacle à Paris VIII.

En 2010, dans la continuité de précédentes collaborations avec le théâtre Jean-Vilar de Vitry sur Seine, il créé le festival Al Wassl plateforme / Arts Méditerranée. De 2011 à 2013, il intervient comme conseiller artistique sur le projet des dramaturgies arabes contemporaines de la Friche la Belle de Mai à Marseille.

Al-Zîr Sâlem et le Prince Hamlet, qu’il adapte à partir de deux textes, l’un oriental, l’autre occidental, est sa première mise en scène. Le spectacle est créé et joué au cours de la saison 2002-2003 au Palais al-Azem de Damas et en 2005 à l’Opéra de Damas ainsi qu’au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, puis à Amman, Alep et Dubaï entre 2005 et 2007. En 2007, il adapte deux textes d’Aristophane et crée L’assemblée des femmes avec des acteurs masculins et un chœur d’interprètes sourds-muets au Théâtre National Al Hamra de Damas. Le spectacle est présenté l’année suivante à Damas et au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine. En 2018, il créé X-Adra à la Filature – Scène Nationale de Mulhouse avec six anciennes détenues politiques syriennes. La tournée se poursuit en 2018 et 2019 avec 13 représentations en Allemagne, en France, au Royaume Uni et aux Pays-Bas.

Comme comédien, il joue aussi bien en Syrie qu’à l’international. Dans le spectacle monté à partir de l’épopée de Gilgamesh, Gilgamesh, mis en scène par Pascal Rambert à la Citadelle de Damas en 1998 et repris au festival d’Avignon en 2000. En 2009-2010, il joue dans Hiroshima mon amour, mis en scène par Julien Bouffier. En 2011, il travaille sous la direction de Tim Suppl dans Mille et une nuits, spectacle en tournée internationale en 2013.

Plus récemment, il est acteur dans Anéantis de Sarah Kane sous la direction de Myriam Muller (2018), dans The Factory de Mohamad Al Attar, mis en scène par Omar Abu Saada (2018).
En 2016 il obtient le « Prix Helen Hayes du meilleur acteur » pour le rôle de Jean-Baptiste dans Salomé, mis en scène par Yaël Farber et créé à Washington en novembre 2015. Le spectacle est recréé en mai 2017 au National Theatre de Londres.

Il est également acteur de cinéma, en 2016 dans Arwad de Samer Najari et Dominique Chila (Canada), film présenté en compétition officielle dans plusieurs festivals, notamment à Montréal, Rotterdam, Carthage, ainsi qu’à New York, en Afrique du Sud, en Pologne, en Turquie, en Jordanie et en Finlande. En 2020, il joue le rôle de Sultan Al-Atrash dans From the Mountain, réalisé par Faisal Attrache (USA). Il joue également dans La fracture, de Catherine Corsini, en compétition officielle au Festival de Cannes 2021. En 2022, on le verra à l’affiche de La conspiration du Caire, réalisé par Tarik Saleh (Suède). Pour la télévision, il joue dans les saisons 2 et 3 du Bureau des légendes (2016/2017).

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