À l’heure ou le soleil se couche sous la pinède de l’Altiplano, Clara Hedouin nous invite à contempler ce que les Humains et les non-Humains partagent. Inspirée par la pensée de l’écrivain Baptiste Morizot, elle adapte librement son essai Manières d’être vivant pour en faire une pièce de théâtre philosophique, sensible et lumineuse.
Avec la Carte Châteauvallon-Liberté, votre 6ème place de spectacle est offerte !
Dans le cadre de l’engagement de la Scène nationale en faveur de l’environnement, Châteauvallon-Liberté, vous encourage à partager vos trajets avec d’autres spectateurs.
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En partenariat avec le réseau Mistral, une navette BUS, offerte, vous transporte de la place de la Liberté jusqu’à Châteauvallon. Du Liberté à Châteauvallon, elle dessert vingt-et-un arrêts.
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Réservation conseillée et possible jusqu’à la veille du spectacle par téléphone au 09 800 840 40
Chaque soir de représentation, une petite restauration locale et de saison, pour manger sur le pouce vous est proposée ! Vous avez la possibilité de vous restaurer au moins une heure avant le spectacle et à l’issue.
Dans le Vercors, un groupe de randonneur·euses scrute les oiseaux en route pour l’Afrique. Elles et ils comptent les hirondelles, les passereaux, les mésanges en s’émerveillant de leur beauté avant de partir sur les traces de l’habitant le plus légendaire des montagnes : le loup. Une fois la nuit tombée, un hurlement se fait entendre. L’animal cherche-t-il à entrer en contact ? Avec pour seul décor la nature, six interprètes mènent l’enquête. En tant qu’Humain, comment peut-on explorer l’environnement qu’habite le loup ? Comment s’adapter à ce monde sauvage ? Comment tisser une relation avec cet être vivant ? Alternant actions et réflexions, les comédiennes et les comédiens transforment progressivement la scène en un vaste terrain philosophique. Toutes et tous nous emportent dans un tourbillon d’idées, dans une cascade de métaphores qui redéfinissent ce que « vivre » veut dire.
Dès 20h, un repas convivial et une installation sonore proposés par la compagnie vous attendent sous la pinède.
D’après Baptiste Morizot
Conception, écriture et mise en scène Clara Hédouin
Co-écriture et dramaturgie Romain de Becdelièvre
Texte publié aux éditions Actes Sud
Avec Baptiste Drouillac, Adrien Guiraud, Manon Hugny, Maxime Le Gac- Olanié, (distribution en cours)
Assistanat à la mise en scène Jaomin Vasseur
Collaboration plateau et dramaturgie Estelle Zhong Mengual
Collaboration plateau Éric Didry
Création lumières Elsa Revol
Création son Emmanuel Coursin
Scénographie Arthur Guespin
Costumes Clara Hubert
Régie générale André Néri
Production Manger le soleil
Coproduction Théâtre National Populaire / Nest Théâtre – Centre Dramatique National transfrontalier de Thionville-Grand Est / La Criée – Théâtre National de Marseille / Théâtre + Cinéma Scène nationale Grand Narbonne / Théâtre La passerelle – Scène nationale de Gap ; L’Estive, Scène Nationale de Foix et de l’Ariège / Bonlieu Scène nationale Annecy / Châteauvallon-Liberté, scène nationale / L’Usine, Cnarep Tournefeuille / Centre National de la Danse Pantin (en cours)…
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national & avec le soutien du Fonds d’Insertion pour Jeunes Comédiens de l’ESAD – PSPBB
Résidence d’écriture Association Sur le sentier des Lauzes, Vallée de la Drobie et Ferme De Villefavard en Limousin, Centre culturel de rencontre
Accueil en résidence Le Channel, Scène nationale de Calais ; MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny ; le CENTQUATRE-PARIS
Manger le soleil bénéficie du soutien du Ministère de la Culture (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes) au titre de l’aide à la création de la DGCA et au titre de l’aide aux compagnies conventionnées
Photos © Christophe Raynaud de Lage
Texte © Vanessa Asse
Mettre en scène la pensée
C’est l’un des premiers défis de ce travail. Manières d’être vivant n’est ni un roman, ni un texte guidé par une trame narrative. C’est un livre où les idées buissonnent avec leur logique propre, sans chronologie, fabriquant une expérience de lecture singulière, où l’on va de surprise en surprise, et où peu à peu, nos corps, nos vies, et le monde se découvrent autrement. C’est un livre de philosophie.
Mais on n’a rien dit quand on dit le mot « philosophie ». Car Manières n’est pas non plus un simple « essai », où la pensée se déploie, autonome, détachée de l’expérience. C’est tout le contraire. Il y a dans ce livre, des paysages, des expériences, et des idées qui leur donnent une autre dimension. Une dimension de plus. Il y a aussi dans ce livre quelque chose de la quête amoureuse de l’Autre qui court, quête qui reste en un sens inassouvie, puisque ces « Autres », les non-Humains, demeurent presque toujours insaisissables ou invisibles, et que leur mystère augmente à mesure qu’on s’intéresse à eux, à leur « manière d’être vivant », à mesure qu’on comprend leur singulière intelligence, ou leur finesse comportementale. Plus on avance dans l’enquête, (car il y a bien toujours une enquête, et une enquête menée sur le terrain, dans la neige, dans la forêt, dans les rivières), moins on les voit, mais moins on est seuls aussi. La vie, le monde se repeuplent autrement. Mystérieusement. Au fil de cette quête, et enquête, il y a donc certains moments où le monde se révèle tout autre que celui qu’on a l’habitude de voir, et ce sont ces moments-là qui m’intéressent le plus : le moment où l’on découvre que les laissées des loups ont une fonction géo-politique, le moment où l’on comprend que nos gestes les plus « humains » (comme le fait de prendre quelqu’un dans ses bras par exemple) est une possibilité d’expression de l’amour permise par notre corps de bipède, où l’on comprend que nos émotions les plus « spirituelles » (comme celle que peut déclencher la vue d’un coucher de soleil) sont elles aussi animales, héritages de notre passé de primate frugivore amoureux des ocres et des rouges qui colorent les fruits autant que le ciel qui mûrit chaque soir, ces moments où l’on réalise enfin que nous sommes tissés à d’autres et que ce sont ces tissages qui rendent possible non seulement le fait d’être en vie, mais aussi notre liberté, nos désirs, nos luttes, nos quêtes, tout. Bref, ces moments où tout d’un coup, les cartes de « qui nous sommes » sont rebattues, et où le trouble s’installe. Ce sont ces troubles, ces vertiges, qui m’attirent. C’est pour les partager avec les spectateurs que je monte ce spectacle.
Des détectives sauvages
Il y a donc un enjeu à rendre la pensée « indispensable ». Dramaturgiquement, visuellement, matériellement. Pour cela, il faut que l’expérience qui la fasse naître soit restituée (par le récit ou par l’action) avec toute la densité d’un mystère à résoudre, d’une énigme à dénouer. Il faut réussir à emprunter la « voie » de Baptiste lui-même, (comme lorsqu’on piste un animal) pour qui « écrire » et « penser » sont une seule et même chose – une chose vitale. Ainsi, les interprètes seront à la fois des enquêteurs et enquêtrices du monde vivant, retraçant les expériences mêmes dont l’auteur nous fait part, et des pisteurs et pisteuses d’idées. Ils et elles se partageront les différentes voix intérieures du livre, comme s’il fallait refaire émerger au présent les idées qui permettent de l’écrire. Ils passeront ainsi régulièrement de la reconstitution de l’expérience, ou du récit qui permet de la convoquer au plateau, à son interprétation en tant qu’énigme. Ils s’efforceront d’élucider, de trouver, de définir précisément ce qu’il s’est passé ce soir-là dans la neige, cet autre jour au « Col de la bataille », ou cette autre fois dans la forêt. Et « penser » sera leur épopée.
Dedans / Dehors : un dialogue
Mettre en scène l’invisible : la pensée d’un côté, le monde vivant de l’autre. Cette quête théâtrale a relancé un questionnement sur le lieu. Car continuer à travailler dehors, à explorer ce qu’un théâtre « dans la nature » peut signifier et impliquer, avec ce texte, me semblait à première vue évident, et nécessaire. Mais laisser la place à la pensée, réussir à matérialiser de façon visuelle et poétique des idées philosophiques, cela, la boîte noire avait peut-être plus de ressources pour le faire. Alors que choisir ? D’un côté la présence pleine d’un milieu naturel habité par des milliers de vivants pour dialoguer avec le texte de Morizot, de l’autre, un espace vide à faire résonner : nos théâtres, nos boîtes noires. Dans un cas : une danse avec les présences sensibles et vivantes d’un milieu.
Dans l’autre : une danse avec l’obscurité du théâtre, avec le manque et l’absence. Utiliser à plein les puissances visibles du dehors, ou utiliser à plein les puissances d’une boîte noire, c’est-à-dire de l’invisible ? J’ai décidé de ne pas choisir. Car ce double défi m’intéresse. Il permet d’intégrer l’espace architectural traditionnellement dévolu au théâtre à mes questionnements, comme un espace « vide » à hanter, à peupler et repeupler de vivants non-humains. Il intègre aussi cette relation au lieu dans la recherche plus large qui m’occupe depuis quelques années sur la façon dont le monde vivant peut s’inviter dans nos formes théâtrales. Enfin, cette double création permet de faire dialoguer une pratique avec une autre, le dedans avec le dehors, et de continuer à se demander ce que les espaces changent à la dramaturgie et à la conception d’un projet comme celui-ci. Les résidences se feront donc en alternance : tantôt en intérieur, tantôt en extérieur. Ainsi, le spectacle sera peut-être composé d’éléments qui varieront, et peut-être que certaines scènes n’existeront que dehors, d’autres que dedans. Cette création aura, en tous cas, deux visages. Elle se dédoublera en deux expériences différentes, dont, je l’espère, émergeront, sinon des réponses, au moins de nouvelles réflexions théâtrales.
La nuit : un milieu immersif
Mais surtout, j’aimerais explorer une dimension du dehors encore jamais véritablement travaillée dans mes projets précédents (ni dans les Trois Mousquetaires, ni dans les adaptations de Giono), une dimension qui fait trait-d’union avec la salle : la nuit. Je voudrais penser la nuit comme une actrice de plus : qui agit sur le jeu, sur le son, et avec laquelle la lumière travaille. Celle-ci aura donc une fonction toujours double : concrète et métaphorique. Car en effet, au fil de l’enquête, les personnages éclairent des pans du monde, même si l’obscurité ne cesse de grandir à mesure qu’on la sonde. De même, les corps humains ne se découvriront pas toujours, ils ne seront parfois visibles qu’en partie, (seulement les pieds et les jambes par exemple, parce que les acteurs pisteraient à la lampe de poche et chercheraient des empreintes au sol…), renforçant l’interrogation sur leur propre statut : qui sont ces animaux qui nous parlent ? Il s’agit d’« étrangéiser » les corps et d’approfondir la dimension mystérieuse du texte, et de s’aider pour cela de tout ce que la nuit (dans la nature et potentiellement aussi en salle) crée sur nous : elle altère nos perceptions, elle aiguise les sensations, elle nous met à l’affut. C’est ce type d’attention qui m’intéresse. Je voudrais pour cela que le public soit conduit à un point de rdv précis (un parking près d’une forêt par exemple) puis emmené sur le lieu de jeu à la frontale, ou bien à la tombée du jour. Ce lieu serait à 15 minutes de marche, loin des lumières et des sons de la ville…propice à nous faire entrer dans une autre atmosphère : un milieu où les présences humaines pourraient bel et bien être minoritaires…
Clara Hédouin
Conception, écriture et mise en scène
« Rencontre : aller vers l’autre pour mieux revenir à soi, transformé. Cet enjeu est également au cœur de l’intrigue du spectacle. Que se passe-t-il quand six philosophes sortent au grand air suivre la trace des loups ? Ils redessinent les contours du monde et de leur humanité. » Libération
« Après avoir exploré Alexandre Dumas et Jean Giono, Clara Hédouin s’empare de la pensée complexe du philosophe du vivant pour observer, avec audace et une immense sensibilité, ce que les humains et les non-humains ont en partage. » Sceneweb
« Un spectacle persuasif, singulier et inouï dans sa mise en lumière – dans la nuit – de l’étrangeté de notre condition, animale ou humaine, d’être au monde. » WebThéâtre
Tout commence en 2012, à la sortie de l’école du Studio Théâtre d’Asnières. Clara Hédouin, qui achève parallèlement ses études à l’ENS-Lyon, sollicite 8 acteurs de sa promotion, ainsi que son amie et bientôt complice à la mise en scène, Jade Herbulot, pour commencer l’adaptation des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, sous la forme d’une série théâtrale. De là, s’élance une aventure de plusieurs années qui va faire grandir le groupe (7 autres acteurs vont progressivement rejoindre l’équipe pour former des alternances, ainsi que Romain de Becdelièvre, qui accompagne rapidement le duo des metteuses en scènes à l’écriture), et leur adaptation devient six ans plus tard une saga théâtrale de 6 spectacles, avec une nébuleuse de 17 acteurs qui tournent dans toutes sortes de lieux en France, hors les murs des théâtres : de ruines en châteaux, de friches en cités, de parkings en jardins. L’équipe investit ainsi des espaces aussi différents que le Château de Vincennes (avec le festival Paris l’été), la ville de Saint-Denis et sa cathédrale (avec le Théâtre Gérard Philippe), ou les tours de Villeurbanne (TNP)… Avec insolence et avec humour, la bande détourne l’histoire des lieux qu’elle occupe autant qu’elle s’en empare, sans jamais rien céder sur le souffle épique du récit. Entre 2012 et 2018, Clara Hédouin écrit également une thèse sur le renouvellement de l’épopée dans le théâtre contemporain, et enseigne à l’Université de Rennes 2 et de Paris-Ouest-Nanterre. Elle interroge alors particulièrement le fait de jouer dehors, et l’occupation de l’espace public par le théâtre. A partir de 2020, Clara Hédouin fait un pas de plus hors des murs en allant hors des villes et s’empare avec Romain de Becdelièvre du roman de Jean Giono : Que ma joie demeure. Son exploration des formes épiques et collectives en extérieur prend alors un tour plus poétique et sensible et vient se tisser à la question du vivant. Ce nouveau chantier théâtral, nommé Manger le soleil, prend une dimension documentaire avec Le Prélude de Pan, ou Sur les rives de la joie, spectacles-montages, toujours itinérants, où alternent des textes de Giono avec des entretiens menés in situ, auprès d’agriculteurs. C’est au même moment que Clara commence à travailler avec Baptiste Morizot, d’abord comme conseiller dramaturgique, et bientôt comme auteur. En 2021, elle réalise sous l’oeil complice d’Eric Didry une lecture de trois textes de Sur la piste animale, l’un des premiers livres du philosophe. En 2024, elle commence l’adaptation de Manières d’être vivant, et interroge ainsi frontalement comment nos relations au vivant peuvent s’inviter au théâtre.