Théâtre

7 minutes

Stefano Massini — Maëlle Poésy

Seriez-vous prêt·es à sacrifier sept minutes de votre pause quotidienne pour conserver votre emploi ? Alors que leur usine vient d’être rachetée, une dizaine de femmes doivent prendre une décision au nom des deux cents salariées : tous les contrats seront sauvés à condition d’accepter de réduire le temps de pause. Dans ce huis clos haletant mis en scène par Maëlle Poésy, la solidarité au travail est mise à rude épreuve.

Lieu
  • Châteauvallon
  • Théâtre couvert
Accessibilité
  • Dates Durée 1h30
  • mercredi 24 mars 2027 20:00
  • jeudi 25 mars 2027 20:00
Tarifs
  • Plein tarif 30 €
  • Tarif adulte avec la carte Châteauvallon-Liberté 20 €
  • Tarif partenaire (CSE et Associations culturelles partenaires) 20 €
  • Tarif - 30 ans 15 €
  • Tarif - 18 ans 10 €
  • Tarif solidaire 5 €
  • Tarif solidaire famille adulte 10 €
  • Tarif solidaire famille enfant 5 €

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Informations pratiques

À l’euphorie de la bonne nouvelle succède bientôt un échange électrique, dans lequel les arguments fusent et les esprits s’échauffent. Cette pièce chorale de Stefano Massini trouve de nombreux échos dans les luttes sociales actuelles. Elle dénonce la marchandisation du travail et met en lumière les tensions du monde ouvrier, entre pouvoir du groupe et bien-être individuel. Installé dans un dispositif bifrontal, le public assiste en témoin à cette réflexion collective, jusqu’à ce que soit prononcée la décision finale.

Texte Stefano Massini
Traduction Pietro Pizzuti
Mise en scène et chorégraphie Maëlle Poésy
Avec Olivia Carrere, Juliet Doucet, Marianne Hanse, Sophia Leboutte, Maika Louakairim, Agathe Mazouin, Rehab Mehal, Marie Razafindrakoto, Lea Sery, Laurence Warin et Sophie Warnant
Scénographie Hélène Jourdan
Costumes Camille Vallat
Lumières Mathilde Chamoux
Son Samuel Favart-Mikcha
Dramaturgie Kevin Keiss
Assistanat à la mise en scène Alice Roudier
Régie générale et lumières Tatiana Carret
Régie son et plateau Samuel Babouillard

Production Théâtre Dijon Bourgogne, Centre dramatique national / Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Coproduction Théâtre de la Cité, Centre dramatique national Toulouse Occitanie
La pièce 7 minutes, comité d’usine de Stefano Massini (traduction de Pietro Pizzuti) est publiée par l’Arche en 2018 et représentée par L’ARCHE – éditeur & agence théâtrale. www.arche-editeur.com

Photos © Felipe Dupouy
Texte © Vanessa Asse

En choisissant onze femmes, qui doivent prendre une décision avec des conséquences immédiates sur le travail et la vie de deux cents autres, Stefano Massini écrit une partition chorale, qui vient révéler les mécanismes de fonctionnement du groupe, le cheminement de chacune vers une pensée commune. Il ouvre, sans jugement, une réflexion sur la difficulté de faire collectif sur ce que représente le fait de choisir, de se mettre d’accord, de se convaincre, de croire en la parole d’une autre…

Ce que j’aime chez ces femmes c’est qu’elles soient d’âges et de parcours différents. Dans leur diversité, elles sont représentatives de leur entreprise, ce qui vient renforcer le caractère unique et complexe de leur appréhension de la situation. C’est une pièce sur les limites, sur nos marges de renoncement quand, sommé·es de faire un choix, le bien-être collectif devient ou pas plus important que le bien-être individuel. La pièce de Massini propose un théâtre politique, pas un théâtre militant, qui donne à entendre celles que l’on n’entend jamais, à voir ce que l’on ne voit jamais et ce grâce à un plateau qui mêle différentes générations de femmes. En tant que miroir de la société, le théâtre nous interroge sur notre environnement direct et on peut trouver des échos dans les luttes sociales actuelles. Cependant, l’enjeu central n’est pas ici la lutte elle-même, mais le trajet pour aller ou non vers elle.

Le dispositif (la décision doit être prise dans le temps réel de la représentation avec le public) ainsi que le thème principal de la pièce (perdre ou non sept minutes de pause) cristallisent un rapport plus global au temps en nous conduisant à considérer ce qui est ou non essentiel : est-ce la productivité ? Une respiration garante de liberté individuelle ? Un repos gage de performance ? Est-ce le rêve et l’imaginaire ? Ici, ce « pas grand-chose » touche à la marchandisation du travail, à ce que cela charrie comme vision de la société et éthique de vie.

L’une des raisons pour lesquelles 7 minutes m’a particulièrement touchée est la place centrale qu’elle accorde aux femmes, ces invisibles de l’histoire sociale, souvent absentes des grands récits collectifs. C’est là tout l’enjeu de cette pièce : réhabiliter les luttes ouvrières féminines. Évoquer Lejaby est une façon de personnifier ces nombreuses luttes invisibilisées qui ont existé, dont ont dernièrement fait partie lesdites Samsonite. J’y vois une forme de réhabilitation de ces grandes oubliées de l’histoire. Comme l’évoque la politologue Françoise Vergès, leur invisibilité tient à ce que leurs luttes ne sont pas placées sous la figure d’un leader : éminemment collectives, elles n’offrent pas de noms ou de visages permettant de les personnifier, apanage fréquent des luttes masculines.

En rencontrant des ouvrières, notamment dans des usines textiles, j’ai pu entendre des témoignages qui résonnent profondément avec les enjeux de la pièce. Ces femmes sont partagées entre une solidarité forte et une pression constante à la compétitivité, imposée par la logique du rendement. Les contraintes économiques rendent les relations complexes : la solidarité se heurte à la division. C’est cette contradiction que je souhaite mettre en lumière, en montrant que l’unité, dans un cadre social aussi extrême, n’est jamais évidente, mais qu’elle émerge néanmoins, souvent de manière fragile et imparfaite.

Dans 7 minutes, les femmes ne sont pas rompues à l’art de la rhétorique ou aux discours publics. Elles ne font pas partie d’un syndicat structuré, et leurs paroles, naissent d’une nécessité immédiate. J’ai un grand plaisir à travailler avec les actrices sur cette parole de l’instant, qui est réfléchie tout en étant viscérale. La partition s’apparente à un long plan-séquence où il n’y a – hormis l’arrivée de Blanche – aucune entrée ou sortie de scène : elles sont en permanence au plateau et certaines ne parlent pas pendant longtemps. Le théâtre devient ici un espace d’introspection collective où chaque personnage avance dans un cheminement intime, dans un mouvement de pensée qui prend forme en temps réel, sous le regard du spectateur. Le jeu des actrices, dans sa précision physique et son ressenti, dessine ce cheminement souterrain, ces tensions entre l’individuel et le collectif, entre la parole et le silence. C’est une forme passionnante à prendre en charge pour les comédiennes, dans ses détails, dans ses façons de rompre le silence ou d’interrompre l’autre afin de dessiner ce mouvement qui s’agence. Ce groupe au plateau est l’image d’un vol d’oiseaux migrateurs qui se suivent, s’arrêtent, se répondent. La pensée en mouvement de ces femmes pause cette question, partagée avec le public, pendant la représentation : qu’est-ce que signifie faire collectif aujourd’hui ?

Maëlle Poésy — Mise en scène

Maëlle Poésy aborde de front, avec clarté, avec un sens du rythme et une énergie sans faille ce thriller social à rebondissements. Suspense, émotion, réflexion portés par onze actrices virtuoses. Les Échos

Maëlle Poésy s’appuie sur une enthousiasmante brigade de comédiennes pour rendre justice à cette diversité de destins. […] Une tranche de vies à l’état brut comme on en voit peu au théâtre. Télérama

Un grand moment de théâtre sur le débat démocratique, ses ressorts et ses exigences. […] Maëlle Poésy orchestre le huis clos de ces onze femmes en colère avec un art consommé. Le Monde

La mise en scène est soutenue par l’interprétation magistrale des onze comédiennes. Un spectacle de haute tenue. Le Figaro

Stefano Massini — Texte

Stefano Massini, né à Florence en 1975, est auteur de théâtre, metteur en scène et contributeur régulier au journal italien La Repubblica. Il a remporté de nombreux prix littéraires italiens et internationaux, dont les prestigieux Premio Vittorio Tondelli et Premio Ubu, le Drama Guild Award ainsi que le Outer Critics Circle Award.

En 2005, il commence à écrire la première partie du Trittico delle Gabbie (Triptyque des Cages), un projet qu’il achève quatre ans plus tard. En 2007, il crée la pièce Donna non rieducabile. Memorandum théâtrale su Anna Politkovskaïa (Femme non-rééducable), jouée dans tous les grands théâtres d’Europe et adaptée à l’écran en 2009 par Felipe Cappa. En 2012, il écrit Chapitres de la chute, Saga des Lehman Brothers. Cette pièce est créée pour la première fois par Arnaud Meunier à La Comédie de Saint-Étienne en octobre 2013, mise en scène récompensée par le Grand prix du syndicat de la critique 2014.

Stefano Massini a aussi traduit en italien des pièces de William Shakespeare et a adapté pour le théâtre des romans et des récits. Le jury du Premio Pier Vittorio Tondelli – dont la présidence était assurée par Franco Quadri – a loué son écriture : « claire, tendue, rare, caractérisée par une haute efficacité d’expression, qui est à même de rendre aussi visuellement les tourments des personnages en immédiate férocité dramatique ».

Ses œuvres, traduites en vingt-sept langues, font de lui l’auteur italien contemporain le plus joué sur les scènes internationales, jusqu’en Iran et en Corée. De 2015 à 2020, il est directeur artistique du Piccolo Teatro de Milan. Sa Lehman Trilogy, mise en scène par Sam Mendes, fait ses débuts à Broadway en 2020, elle est multi-primée aux Tony Awards à New York en 2022.

En 2023, un an après le début de la guerre en Ukraine, Stefano Massini écrit Bunker Kyiv à partir de témoignages rapportés dans les journaux et sur les réseaux sociaux.

Maëlle Poésy — Mise en scène

Maëlle Poésy est nommée directrice du Théâtre Dijon Bourgogne, Centre dramatique national, en 2021. Après s’être formée à l’École du Théâtre national de Strasbourg, elle joue au théâtre et au cinéma en France comme à l’étranger. Comédienne, autrice et metteuse en scène, elle explore au fil des créations un « théâtre de la confrontation » qui questionne la société et ses composants individuels.

En 2011, elle met en scène son premier spectacle Funérailles d’hiver d’Hanokh Levin, suivront Purgatoire à Ingolstadt de Marieluise Fleisser, Candide, si c’est ça le meilleur des mondes… d’après Voltaire qu’elle coadapte avec Kevin Keiss, Ceux qui errent ne se trompent pas de Kevin Keiss en collaboration avec Maëlle Poésy (ouverture du Festival d’Avignon, 2016), Inoxydables de Julie Ménard. Dans le cadre du Festival international de Buenos Aires, elle joue, coécrit et co-met en scène País clandestino (2018) qui tourne dans plusieurs festivals internationaux en Amérique du Sud et en Europe dont Théâtre en mai. Elle crée Sous d’autres cieux d’après l’Énéide de Virgile, coadaptation Kevin Keiss (Festival d’Avignon 2019), Passé Présent Futur, coécrit avec Kevin Keiss (2020), conçoit Gloire sur la terre de Linda McLean (2022) et ANIMA performance créée en collaboration avec l’artiste plasticienne Noémie Goudal (Festival d’Avignon, 2022).

À la Comédie-Française, elle met en scène Le Chant du cygne et L’Ours de Tchekhov (prix de l’Association professionnelle de la critique de théâtre, de musique et de danse) en 2016 et 7 minutes de Stefano Massini en 2021. À l’Opéra de Dijon, elle met en scène Orphée et Eurydice de Gluck (2018). Elle réalise les court-métrages Time Flies (2020) puis Sans Sommeil (2021). Elle intervient par ailleurs comme enseignante à l’École régionale d’acteurs de Cannes et Marseille et au Théâtre national de Strasbourg.

À l’automne 2023, elle crée au Théâtre Dijon Bourgogne Cosmos, dont elle cosigne l’écriture avec Kevin Keiss. En 2025, elle réunit avec le dispositif À la croisée des routes des artistes espagnol·e, uruguayen·ne, argentin·e et brésilien·ne, pour un temps de recherche et de travail de quinze jours.