Danse • Théâtre

Rester Envie

Judith Sibony

Une jeune femme, danseuse en quête de légèreté, pensait tout savoir de son grand-père Berek rescapé d’Auschwitz. Mais elle va découvrir ses luttes secrètes, le sort tragique de ses premiers enfants et son combat, pour ne pas être réduit au statut de victime.

Lieu
  • Châteauvallon
  • Théâtre couvert
Accessibilité
  • Dates Durée 1h30
  • jeudi 13 mai 2027 20:00
  • vendredi 14 mai 2027 20:00
Tarifs
  • Plein tarif 30 €
  • Tarif adulte avec la carte Châteauvallon-Liberté 20 €
  • Tarif partenaire (CSE et Associations culturelles partenaires) 20 €
  • Tarif - 30 ans 15 €
  • Tarif - 18 ans 10 €
  • Tarif solidaire 5 €
  • Tarif solidaire famille adulte 10 €
  • Tarif solidaire famille enfant 5 €

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Informations pratiques

Au gré d’une fresque familiale faite d’enquête, de rencontres parfois cocasses et de témoignages bouleversants, Rester Envie révèle un pan méconnu de l’histoire de l’après-guerre. Nourri d’archives et de chants revisités par Rosemary Standley, ce spectacle fait surgir une série de figures qui réveillent un héritage encore vivace.

Déporté lors de la rafle du Vel d’Hiv, Berek a perdu sa femme, ses enfants et sa santé. Mais ici, c’est un portrait en contrechamp que dresse sa petite-fille : celui d’un homme qui refusait viscéralement le statut de victime. En refaisant sa vie, il répétait : « mieux vaut faire envie que pitié ». Comme si, à la perte, il fallait opposer un désir acharné de vie et de beauté.

Première à Châteauvallon

Texte et mise en scène Judith Sibony
Musique originale Frédéric Verrières
Chant Rosemary Standley
Avec Marguerite Chaigne, Yann Collette, Anne Cressent, Laurent Natrella, Serge Nicolaï et Chloé Rejon
Création lumières et scénographie Éric Soyer
Conseil artistique Serge Nicolaï

Production L’espace des mots
Coproduction Châteauvallon-Liberté, scène nationale

Tournée 2027-2028 : L’Espace des arts / Château Rouge / 
Le projet Rester envie bénéficie de la bourse d’Aide à la création ARTCENA

Photos © DR
Texte © Judith Sibony

Jusqu’ici j’ai veillé, en tant qu’autrice, à éviter de dire un jour « j’écris sur mon grand-père ». Raconter l’histoire d’un rescapé d’Auschwitz qui a perdu sa femme et ses enfants dans les camps de la mort me semblait trop attendu, trop difficile et trop facile à la fois. Je préférais raconter la vie des autres.
C’est devenu une de mes spécialités : faire des portraits, essentiellement d’artistes et de gens de théâtre. Entrer dans leur intimité, commenter leurs photos de famille, analyser leurs confidences… Comment choisit-on de vivre entre le réel et le monde de la représentation ? Ce sujet m’a même inspiré un roman, La Femme de Dieu, publié chez Stock il y a quelques années.

Or à force d’observer ce qui se passe dans les coulisses du théâtre, on finit par mieux comprendre ce qui se passe dans les coulisses de la vie. Et l’histoire de mon grand-père s’est imposée. Non pas pour le récit (certes trépidant) qu’elle contient, mais pour ce qu’elle symbolise. Au-delà du héros que j’ai découvert en travaillant sur les archives, cet homme incarne à me yeux une voix fondamentale et délaissée par les temps qui courent : le refus d’être considéré comme une victime.
 Berek Dudkiewicz a été déporté le 16 juillet 1942 avec sa famille dans la grande rafle du Vel d’Hiv. Il a été séparé de sa femme et de ses deux enfants, gazés dès leur arrivée dans les camps. Lui-même a passé trois ans à Auschwitz, où il a reçu une quantité sidérante de coups et de balles. Mais il est revenu, et il n’a jamais voulu qu’on le plaigne.

Il se définissait au contraire comme résistant à tous les sens du terme, et c’est cela qui m’intéresse dans son parcours : cette éthique de la résistance.
Tout comme les artistes sur lesquels j’écris habituellement, son travail reposait sur l’art de la représentation : il était tailleur pour dames. Et lorsqu’il a refait sa vie dans des circonstances aussi simples que miraculeuses, il a toujours dit cette phrase qui me bouleverse venant d’un rescapé perclus de séquelles : mieux vaut faire envie que pitié.

Audace du survivant qui accorde aux choses la valeur qu’elles méritent et non celle que peuvent inspirer la détresse et le deuil. Beauté d’un personnage qui oppose à la perte de tout un amour acharné de la vie. Et surtout : courage de celui qui, face à l’irréparable, choisit de résister par le désir et la joie.
C’est cette force que ma pièce donne à voir.

Il est donc important de préciser que tout, dans ce texte, repose sur des faits et documents authentiques. Chaque personnage de la pièce existe ou a existé. Et chaque scène, sans exception, s’appuie sur un travail d’enquête et des archives précises (fiche d’arrestation, courriers d’avocats, témoignages déposés sous serment par d’anciens camarades, dossiers médicaux…)

Voilà aussi pourquoi mon texte se devait d’être une pièce de théâtre : pour faire entendre toutes ces voix et ces temporalités dans leur singularité, même lorsque je les mélange… Et parce que j’ai besoin d’un public vivant pour que mon geste de prise à témoin puisse tenter d’être à la hauteur.

Judith Sibony — Texte et mise en scène

Avant de devenir autrice, Judith Sibony a étudié de près la littérature et la dramaturgie. D’abord durant ses études – hypokhâgne et khâgne au lycée Fénelon, CAPES de lettres modernes, maîtrise d’études théâtrales, DEA de cinéma… Puis durant sa vie de journaliste, largement centrée sur la critique de théâtre, les grands entretiens et portraits d’auteur·rices, interprètes et metteur·ses en scène…

Admissible à l’ENS et à l’agrégation, également diplômée d’HEC, elle a choisi de vivre de sa plume, développant son goût pour les rencontres intimistes et l’envers des décors. Journaliste pour divers supports (de l’Obs à Public Sénat en passant par France 2), elle écrit sur le théâtre depuis plus de quinze ans. Elle a notamment été autrice associée du site lemonde.fr avec son blog Coup de théâtre (de 2010 à 2023). Au fil de ces années, pour la presse écrite mais aussi pour la télévision, elle a suivi un grand nombre de personnalités dans les coulisses de leurs créations : Joel Pommerat, Alain Françon, Stanislas Nordey, Marc Lainé… Depuis 2015, elle fait partie de la rédaction du magazine Théâtre(s) où elle a signé une vingtaine de grands portraits d’acteurs, actrices et metteur.e.s en scène. Elle écrit égale-ment sur la littérature, l’art et les idées dans la Revue des deux Mondes.

Passionnée par le travail du son et de la voix, elle a régulièrement collaboré avec France Culture, où elle a produit plusieurs magazines et fictions (Six personnages en quête de voix, Le Spectateur imaginaire, Théâtre populaire : une histoire d’avant-garde…).

On lui doit aussi plusieurs films documentaires, dont le webdoc Comme des bêtes (2014), distingué de prix internationaux, et le film Chocolat, une histoire du rire (2017), qui interroge la place de l’humour dans l’histoire des Noirs en France du Clown Chocolat à l’icône Omar Sy.

Elle a publié un roman, La Femme de Dieu aux Editions Stock en 2018, et anime depuis lors des ateliers d’écriture pour les publics les plus divers. En 2024 elle a écrit La Fontaine sur les pas du Renard, adaptation des Fables lue par Mariane Basler et Jean-Philippe Puymartin au festival de Biarritz. Écrite dans le cadre d’une résidence à l’ARIA en octobre 2024, Rester Envie est sa première pièce. Ce texte est lauréat de la bourse nationale d’aide à la création (prix ART-CENA).