Vous êtes ici
Théâtre

Vous êtes ici

Edith Amsellem

Vous êtes ici entend célébrer le spectacle vivant en s’immergeant totalement dans les lieux, à la fois sur scène, dans la salle, et en coulisses avec l’équipe du Liberté. Édith Amsellem et la compagnie marseillaise Erd’O, qui depuis leurs débuts déjouent les codes de la représentation théâtrale, semblent avoir trouvé un nouveau terrain de jeu : le théâtre.

Vous êtes ici
Lieu
  • Le Liberté
  • Salle Albert Camus
Accessibilité
  • Pour tous
    • dès 12 ans
  • Dates Durée 1h30 environ
  • jeudi 12 janvier 2023 20:30
  • vendredi 13 janvier 2023 20:30
  • samedi 14 janvier 2023 20:30
Tarif A
  • Plein tarif 29 €
  • Tarif préférentiel 21 €
  • Tarif avec la Carte Encore 21 €
  • Tarif formule 3 spectacles et + 20 €
  • Tarif formule 10 spectacles et + 18 €
  • Tarif demandeur d'emploi 16 €
  • Tarif jeune 11 €
  • Tarif solidaire 5 €
Informations pratiques

Après J’ai peur quand la nuit sombre accueilli en plein air à Châteauvallon, les ateliers Broder la ville et le film Lorsque la salle est de la chair vivante, Le Liberté accueille un nouveau projet d’Edith Amsellem. Construits collectivement, bravant les formats préétablis de la représentation, ses spectacles témoignent d’une étonnante audace et s’installent partout : château-toboggan, bibliothèque, jardin à la tombée de la nuit… Cette fois, Edith Amsellem a décidé de nous faire vivre une cérémonie de célébration, du type Molières, et c’est tout naturellement dans un théâtre qu’elle a choisi de déployer sa mise en scène. Vous êtes ici est une fusée à plusieurs étages. Un premier niveau de fiction met en présence sur le plateau une maîtresse de cérémonie, un danseur performeur et une jeune actrice qui partageront avec le public leur façon de voir et vivre leur art. Mais ils nous montreront aussi l’envers du décor de ces machines à rêver que sont les maisons de théâtre, véritables fourmilières d’inventivité et de savoir-faire. Les acteurs mèneront en direct une enquête auprès de l’équipe du Liberté. En laissant le hasard s’inviter dans la représentation, le spectacle est une célébration du spectacle vivant dans un jeu de construction-déconstruction propre à la magie de l’art théâtral.

Coproduction et résidence Châteauvallon-Liberté

Mise en scène Edith Amsellem
Dramaturgie Edith Amsellem assistée de Marianne Houspie
Avec Laurène Fardeau, Marianne Houspie, Arthur Perole et quelques membres volontaires de l’équipe du Liberté
Scénographie Edith Amsellem et Francis Ruggirello
Création sonore et musique Francis Ruggirello
Chorégraphie Arthur Perole
Coiffures et maquillages Geoffrey Coppini
Création costumes Aude Amédéo
Création lumière Erika Sauerbronn
Régie générale et son William Burdet

Production Compagnie ERd’O
Coproduction Châteauvallon-Liberté, scène nationale / LE ZEF – scène nationale de Marseille / Théâtre de Châtillon / Le Pôle Arts de la Scène – Friche la Belle de Mai, Marseille / La Passerelle, scène nationale des Alpes du sud, Gap / Carré Colonnes – scène nationale / L’EMC, St-Michel-sur-Orge

Photos © Aurélien Kirchner – Le Liberté, scène nationale de Toulon
Texte © Frédéric Maria

Ce projet est né pendant le confinement, lorsque nous avons été pour la première fois privés de spectacles vivants. Lire des livres et regarder des films a permis dans des pratiques solitaires de prendre de la hauteur, mais rien n’a pu remplacer à mes yeux la puissance libératrice de ces rassemblements autour d’une œuvre dont le cœur bat.

J’ai une dépendance avérée pour le spectacle vivant. La multitude de représentations auxquelles j’ai assisté n’a jamais entaché mon désir. L’ennui et la déception font partie du jeu et contribuent à exciter ma folle envie d’y retourner toujours. J’aime prendre place dans l’assemblée des spectateurs avec à chaque fois l’espoir de ressentir viscéralement cette sorte de déflagration éblouissante qui me réconforte et me grandit. La privation de ces moments pleins de promesses qui aident à vivre, l’impossibilité de se blottir les uns contre les autres dans la perspective du grand frisson, me plonge dans une vacuité qui assèche mon âme.
Je suis en manque de ce rituel archaïque qui a su depuis 25 siècles défier le temps.

Comment mettre des mots sur sa nécessité dans nos vies ? Comment représenter sa nature irremplaçable ? Comment lui rendre hommage ? Vous êtes ici vise à transformer cet exercice de privation du spectacle vivant en un exercice de célébration.

Avec en filigrane le rituel de la cérémonie, proposant une dramaturgie à bulles faite de discours émouvants, d’intermèdes, de numéros et de chansons, nous allons créer un spectacle proposant une réflexion sur le théâtre en général et par un effet de loupe nous allons intégrer la singularité du lieu qui nous accueille en particulier. Dans cette partition autoréflexive portée par des interprètes professionnels, le prévu laissera la place à l’inattendu. Quelques membres volontaires de l’équipe de la structure seront conviés à intervenir brièvement pendant la représentation afin de révéler quelques récits, vrais ou fantasmés, constitutifs du lieu.

J’espère que la proposition débordera du plateau dans la salle, mais aussi dans des zones qui ne sont pas forcément accessibles habituellement aux spectateurs. Le public, invité d’honneur de cette cérémonie, pourra examiner l’envers du décor pour mieux appréhender l’endroit du spectacle vivant.

Edith Amsellem

Edith Amsellem née et a grandi à Marseille. Comme un passage obligé pour les petites filles de son époque, elle commence la danse classique à 4 ans. À 10 ans elle réussit le concours d’entrée de l’Opéra de Marseille et à 13 ans on la renvoie pour morphologie trop généreuse. Vexée, elle décrète en avoir fini avec le spectacle vivant. Durant ses études elle tâtonne : Bac B, BTS graphisme, puis Maîtrise de conception et mise en œuvre de projets culturels à la faculté d’Aix-Marseille avec une option lourde en théâtre. Quelque chose l’attire. En parallèle à ses études elle travaille dans des théâtres à Marseille : hôtesse d’accueil au Gymnase, caissière aux Bernardines, graphiste au Badaboum. Elle découvre d’innombrables spectacles et fait des rencontres décisives. En 1998, Eva Doumbia lui propose le rôle de Rosette dans On ne badine pas avec l’amour de Musset, précisément parce qu’elle n’a aucune expérience d’actrice. Elle distribue à des non-acteurs les rôles de prolos et à des acteurs confirmés les rôles de bourgeois. Le spectacle tourne, un monde s’ouvre.
En 2000, Anne Marina Pleis l’invite dans son aventure de Taxis-Théâtre. Elle propose à des artistes un concept pour 3, 4 spectateurs : mettre en scène une fiction dans une voiture en prenant la ville pour décor. Elle coréalise pour Marseille État Civil d’après Michèle Grangaud, pour Bruxelles au Kunstenfestival Le Grand Cahier d’après Agota Cristof et pour Metz, Ubik d’après Philip Kindred Dick. Cette aventure est déterminante. Elle lui ouvre les yeux sur la pertinence de l’espace réel pris comme toile de fond dans la narration d’une fiction. Elle apprend à regarder la ville, à la superposer aux histoires, à choisir des cadres pour faire résonner les mots. Et par dessus tout, elle éprouve ce frottement délicieux entre réel et fiction, déclenchant toutes sortes d’accidents improbables qui sèment le trouble dans la tête des spectateurs : le théâtre devenant plus vrai que nature dans ce réel poétique déformé par le prisme de la fiction. Elle travaille ensuite sous la direction de metteurs-en-scène marseillais, Laurent de Richemond, Franck Dimech, Pascal Farré, Christophe Chave, Jean-Marie Arnaud Sanchez… Elle observe les manières de faire. En 2005, Elle prend part avec d’autres artistes à la création du Collectif En Rang d’Oignons. Ils imaginent une communauté sans metteur en scène, sans chef. À plusieurs, ils jouent et participent à l’écriture et à la mise en scène des spectacles : À la Mounette, Je vois un Loup, Ai-je bien vu le méchant courir au fond de la Scène et Pierre et le Loup. Elle essaie d’attirer le groupe hors des salles de théâtre : plage, bar, maison de retraite, muséum d’histoire naturelle, mais quelque chose résiste. Ce groupe, sans vision claire et régi par une sorte de consensus mou, finit par imploser. En 2012 , elle prend la direction artistique de la compagnie ERd’O et avec son désir de théâtre dans des lieux spécifiques, lance son premier projet de mise en scène, Les Liaisons dangereuses sur terrain multisports d’après Choderlos de Laclos. En 2015, elle crée Yvonne, princesse de Bourgogne sur château-toboggan d’après Witold Gombrowicz, en 2018 J’ai peur quand la nuit sombre pour parcs et jardins à la tombée de la nuit, d’après des versions du Chaperon rouge issues de la tradition orale et en 2020 Virginia à la bibliothèque d’après Un Lieu à soi de Virginia Woolf. Elle prépare Vous êtes ici une création sur la nécessité du spectacle vivant dans nos vies, et va investir le lieu qu’elle contourne depuis qu’elle a commencé à mettre en scène, une salle de spectacle.