Théâtre sonore

Prêter l'Oreille

Éloïse Mercier

Éloïse Mercier conçoit des spectacles immersifs d’une grande délicatesse qui invitent à l’écoute. Après Une goutte d’eau dans un nuage et Les Meutes, elle poursuit son exploration poétique et sensorielle mettant en résonance nos paysages intérieurs avec les profondeurs marines.

Lieu
  • Châteauvallon
  • Studios du Baou
Accessibilité
  • Pour toutes et tous
    • Dès 13 ans
  • Dates Durée estimée 1h30
  • mardi 25 mai 2027 19:30
  • mercredi 26 mai 2027 19:30
  • jeudi 27 mai 2027 19:30
Tarifs
  • Plein tarif 30 €
  • Tarif adulte avec la carte Châteauvallon-Liberté 20 €
  • Tarif partenaire (CSE et Associations culturelles partenaires) 20 €
  • Tarif - 30 ans 15 €
  • Tarif - 18 ans 10 €
  • Tarif solidaire 5 €
  • Tarif solidaire famille adulte 10 €
  • Tarif solidaire famille enfant 5 €

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Informations pratiques

Deux appartements, présentés en miroir, deux intérieurs, qui ne se ressemblent pas, et deux voisins, qui vont apprendre à s’entendre. Où commence le dedans et où s’arrête le dehors ? Pourquoi sortir de sa coquille lorsque l’extérieur pourrait nous menacer ?

Puisant dans Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais ou dans Le Terrier de Franz Kafka, Éloïse Mercier met en lumière les écarts entre ce qui est dit, entendu et compris. Accompagnée par l’artiste-chercheur Antoine Bertin, qui étudie la communication des poissons en Méditerranée, elle confère à sa pièce une dimension hybride, entre science et fiction, se penchant sur toutes les choses qu’on n’entend pas. Parce qu’elles sont trop ténues, furtives, microscopiques, mais aussi parce qu’on ne veut pas les entendre, ou que l’on n’arrive pas à les exprimer.

À travers cette création, elle interroge notre capacité à entrer en relation : car, au fond, ne sommes-nous pas toujours une énigme pour l’autre ?

Texte et mise en scène Éloïse Mercier
Interprétation Éloïse Mercier, Gautier Boxebeld et Thibault Duval
Assistanat à la mise en scène Iris Baldoureaux-Fredon
Création sonore Zidane Boussouf
Création vidéo  Vincent Berenger, Geoffrey Fages et Eloïse Mercier
Création lumières Jean-Louis Barletta
Collaboration scénographique Geoffrey Fages et Benjamin Gabrié
Accompagnement physique et regard Tom Verschueren
Accompagnement recherches Antoine Bertin
Fabrication costumes Corinne Ruiz

Production Cie Microscopique
Coproductions et soutiens Châteauvallon-Liberté, scène nationale / Théâtre Durance, scène nationale / La Passerelle, scène nationale de Gap et des Alpes du Sud / Le Zef, scène nationale de Marseille /  Théâtre du Bois de l’Aune / Théâtre de Grasse / Le PÔLE, Arts en circulation, scène conventionnée Art en Territoire, Le Revest / Réseau TRAVERSES (Région Sud) / Lle Télégraphe
Avec le soutien de la DRAC Sud PACA, de la Région Sud PACA, du Département du Var, de la Communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée et de la ville de Toulon

Photos © Geoffrey Fages
Texte © Éloïse Mercier

Ce nouveau projet, Prêter l’Oreille explorera la notion d’Écoute. L’écoute, c’est quelque chose que nous poursuivons avec la Cie Microscopique depuis ses débuts en 2019. D’abord car nous fabriquons des spectacles sonores, immersifs, que le texte s’écrit en même temps que la musique, que nous partons enregistrer des choses, parfois loin, que le rapport au son, au micro, fait partie de notre identité et que cela nous accompagne. Aussi car nos histoires s’inventent souvent autour d’un détail, une petite chose discrète, anodine, quelque chose qu’on n’entend pas mais qui va faire basculer une vie – ou le cours des événements. Des choses que l’on n’entend pas parce qu’elles sont trop ténues, furtives, mais également car elles sont cachées, secrètes, des choses que l’on ne veut pas entendre ou que l’on n’arrive pas à exprimer. Auteure, metteure en scène et comédienne, je tente de tisser des histoires poétiques et sensorielles. Chaque spectacle commence ainsi par un voyage, une écoute dans laquelle le récit prend forme. Une manière de faire de la place aux choses qu’habituellement, on n’entend pas. Parce qu’observer à travers la lunette d’un microscope, c’est prêter attention à ce qui se raconte et à ce qui se tait, aux aventures imperceptibles, pareilles à des insectes de laboratoire. Chacun de nos spectacles commence donc par l’exploration sensible et attentive d’un paysage, d’un élément, la pluie, la forêt, d’un environnement précis. Et pour cette nouvelle création j’ai eu envie de prendre cette démarche au pied de la lettre. Voir si on pouvait vraiment s’approcher au plus près de cette écoute, de l’indicible, de l’inécouté, m’appuyer sur des données, du concret, quelque chose de politique aussi, un engagement. C’est ici que j’ai pensé à Antoine Bertin, et notamment à l’une de ses oeuvres, intitulée 333 Hz, qui donne à entendre le son de la déforestation. Il avait réussi à faire quelque chose que j’aimerais toucher dans mes créations : Une immédiateté sensible. Antoine est un artiste-chercheur qui écoute et sonorise l’imperceptible. Il questionne les métalangages animaux ou végétaux dans des créations inédites, basées sur des données sonores a priori intangibles, qui créent des expériences sensorielles, explorant nos relations avec le monde vivant. Il écoute ainsi la forêt à travers les oreilles d’un renard, donne voix aux conversations du phytoplancton ou dialogue avec les chauve-souris usant de l’IA. Concentrant ses dernières recherches sur la communication inter-espèces sous-marine, il étudie en ce moment les rascasses en Méditerranée. Antoine dit de son travail qu’il « sculpte l’écoute », avec l’idée qu’injecter de l’art dans les récits scientifiques permettra de les rendre appropriables et de se mettre ainsi au niveau de l’urgence qu’il y’a à préserver nos environnements. Nos disciplines ne se croisent pas forcément, pourtant les questions qui nous animent résonnent et se répondent, dans des champs distincts : deux espèces qui ne parlent pas le même langage et qui avancent ensemble pour se rapprocher de ce qui frémit. Nous cherchons en effet un peu la même chose mais à des endroits différents, de façon différente, car nous sommes différents. J’insiste sur ce terme car dans la relation c’est important : quand on parle d’écoute on parle toujours d’Altérité. Et c’est de cela dont je voudrais parler aussi dans ce spectacle : d’Écoute et d’Altérité. Comment on se parle ? Comment on s’écoute ? Comment on se comprend ou pas ? Envisager l’écoute comme une pédagogie, un respect, une curiosité, un désir face à ce qui ne nous ressemble pas. Une vigilance aussi. Car l’écoute n’est pas que bienveillante, elle se développe face à la menace, elle se précise avec la peur, elle vient du cri, du signal, et nécessite souvent une traduction. Comment bien nommer, aiguiser, tout ce qui en nous se débat sans pour autant faire de bruit ? Tout ce qui manque dans nos conversations, faute d’outils, de temps, de courage ou d’attention pour le dire. Tout ce pour quoi les mots nous manquent. À l’encontre de la phrase de Wittgenstein, « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » , nous tenterons donc au contraire, tant bien que mal, à l’exprimer, le formuler, s’en approcher. Dans ce laboratoire, que j’initie de mon point de vue d’auteure, il s’agira donc de questionner le langage et la valeur qu’on accorde à ce qui est proféré, au regard de son volume, de son intelligibilité, de sa précision. Comment dire ce qui échappe à notre oreille, qui passe entre les gouttes ? Tout ce qui n’a pas de nom. Peut-on parler à sa place ? Prêter l’oreille à tout ce que l’on n’entend pas car le bruit, autour, est trop fort. À tout ce qui pourrait être menacé, qui se rassemble en une minorité. Comment raconter, avec ce que la langue comporte d’écueils, de formules toutes faites, parlant parfois pour ne rien dire ? Les mots seront un enjeu important de cette prise de parole — et donc inévitablement de pouvoir — sur les choses et les êtres. En rendre compte en tâchant de ne pas les abîmer. La langue, le texte est un point essentiel de notre travail. Je conçois des spectacles où je porte sur scène des textes que j’écris, avec une attention portée au rythme, au phrasé, comme une partition, dans une langue toujours imagée, qui se tient souvent à la lisière du réel et de la fiction, du concret et de l’étrange, où l’on se demande parfois si les personnages sont des êtres humains ou des animaux, des gouttes de pluie, des phénomènes météorologiques. Et dans un rapport à la vérité volontairement stratifié. Je ne cherche pas LA Vérité scientifique mais je cherche à partager des émotions qui nous fassent toucher des vérités intimes et universelles, qui nous fassent nous considérer les uns les autres avec plus d’attention, plus d’égards, de politesse aussi, qualités qui font défaut dans notre actualité, qu’elle soit individuelle ou internationale. Je veux pour cela commencer cette recherche par le langage. Entrer par les oreilles, en laissant d’autres voix me peupler, m’envahir. Celles de chercheuses et chercheurs, philosophes, mais aussi celles de paroles et de silences récoltés lors des ateliers-interviews, et particulièrement de jeunes à qui l’on ne tend pas souvent le micro. J’aimerais réussir à inventer un récit qui puisse être comme une grande oreille, motif qui me poursuit depuis la fiction écrite pour France Culture en 2021, qui s’intitulait L’Oreille Intérieure. Je ne sais pas encore exactement de quoi parlera ce spectacle – je ne peux jamais savoir exactement ce qu’il va dire avant qu’il n’existe. Mais je sais ce que je cherche. Il y sera question de voisinage et d’écoute, l’oreille collée au mur pour tenter de comprendre ce qui se trame du côté du voisin mystérieux que nous sommes. Ne sommes-nous pas toujours la rascasse de quelqu’un d’autre ? J’envisage, comme pour nos créations précédentes, tenir le fil d’une narration, un récit qui mettrait en scène deux personnages et plein d’autres autour, et une quête, celle de nos silences bruyants, de nos lapsus, de nos incompréhensions. Une épopée miniature faite de choses très concrètes et de réalités parallèles, de changement de dimensions. Une exploration de nos espaces intérieurs, appartements, chambres, coquilles, ou carapaces, nos endroits de repli, de retrait, face au dehors, dès lors que l’on s’envisage en spécimens. L’idée étant de faire résonner ces existences, nos Manières d’être vivants1, dans un cadre qui ne soit pas organisé comme une perspective classique avec des premiers et derniers plans, un point de fuite, un sujet central, mais comme un paysage qui nous englobe : être au milieu, plongé dedans, élargir le cadre. C’est une question de regards, de points de vue, mais aussi d’échelles, une chose qui nous concerne particulièrement chez les Microscopiques. Donner à ressentir l’écart entre ce qui est proféré et ce qui est perçu, entre ce que l’on croit dire et ce qui est compris, entre ce qui n’est pas formulé mais qui s’impose quand même. L’écart incompressible entre le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, l’émetteur et le récepteur, pose immédiatement des questions de dispositif, de scénographie, un terrain d’invention qui nous plaît beaucoup et qui correspond à notre démarche de création : s’appuyer sur une esthétique forte, créer des ambiances, des atmosphères, des images filmées, des objets, des éléments de décor, parfois miniatures ou au contraire immenses, souvent détournés de leur usage et qui eux aussi racontent quelque chose. Un décor qui semble quotidien et pourtant est étrange. Un brouillage entre le réel et ce qui n’est pas lui. Au plateau donc, un dispositif sonore et visuel, une scénographie pensée de façon acoustique et poétique. Et enfin, des présences au plateau. Des présences qui pourront aussi être des absences qui font du bruit. Où l’on se demandera parfois combien de personnes sont bel et bien au plateau ou au contraire, s’il y a quelqu’un et non pas personne. Des présences qui se parlent sans se parler, s’écoutent sans forcément le vouloir, se ratent souvent, chacune étant l’Autre de l’une, avec ce que cela implique de curiosité et de malentendus, de désir et de crainte, de ratés, de contresens, de flou. Souvent drôles, parfois terribles.

1. Baptiste Morizot, Manières d’être vivants, Actes Sud, 2020

Éloïse Mercier — Texte, mise en scène et interprétation 

Éloïse Mercier est diplômée de l’ESSEC après un Master en Philosophie. Elle se forme au théâtre auprès de Bernadette Le Saché, Marie Do Fréval, travaille l’écriture de Nadège Prugnard et assiste Pascale Gateau au comité de lecture de Théâtre Ouvert. Elle puise dans l’univers des Écoles de Commerce la matière d’un premier spectacle autour du Management et part travailler au Vietnam, expérience qui constituera le point de départ du spectacle Une goutte d’eau dans un nuage. Elle intervient en tant qu’artiste sur différents projets pédagogiques et culturels, notamment les Courts-métrages en liberté portés depuis 10 ans par la scène nationale Châteauvallon-Liberté et enseigne l’Esthétique à l’Université. En 2019 elle fonde la Cie Microscopique qui abrite depuis son travail de création. En 2020, elle est lauréate de l’appel à fiction radiophonique lancé par France Culture, la SACD et le Théâtre de la Ville avec son texte L’Oreille intérieure. En 2024, elle achève la création du spectacle Les Meutes.